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Dette publique

La dette française : on y voit enfin clair

3 595 milliards d'euros : comment l'État emprunte, à qui il doit cet argent, et pourquoi la dette grimpe depuis 1974. Les vrais chiffres, sans jargon.

Publié le 30 septembre 20269 min de lectureVoir le post LinkedIn ↗

On entend des chiffres énormes partout : 3 595 milliards d'euros, 52 000 € par habitant… sans jamais vraiment comprendre ce qu'ils veulent dire. Comment l'État emprunte-t-il ? À qui doit-il cet argent ? Et pourquoi la dette grimpe-t-elle depuis cinquante ans ? Voici les réponses, chiffres à l'appui.

Chiffres arrêtés au 30 septembre 2026.

Dette publique

3 595,50,0 Md€

▲ +59,6 Md€ sur un trimestreen hausse de 59,6 Md€ sur un trimestre

Source : Insee · T2 2026

Dette publique / PIB

119,00,0 %

▲ +1,5 pt sur un trimestreen hausse de 1,5 pt sur un trimestre

Source : Insee · T2 2026

Détenue par des non-résidents

57,50,0 %

Source : Agence France Trésor · T1 2026

La dette, c'est quoi exactement ?

La dette publique, c'est l'ensemble des emprunts contractés par l'État, les collectivités locales et la Sécurité sociale, et pas encore remboursés. Fin juin 2026, elle atteint 3 595,5 milliards d'euros, soit 119 % du PIB [1]. C'est le plus haut niveau jamais mesuré par l'Insee.

Le dernier budget de l'État voté en excédent remonte à 1974. Depuis cinquante ans, la France emprunte donc chaque année pour combler son déficit. Et lorsqu'un emprunt arrive à échéance, elle le rembourse… en empruntant de nouveau. Le capital n'est jamais vraiment soldé : la dette est renouvelée en permanence.

Définition : dette et déficit

Le déficit, c'est ce qui manque une année donnée : l'écart entre les dépenses et les recettes publiques. La dette, c'est l'addition de tous les déficits passés qui n'ont pas été remboursés. Tant qu'il y a un déficit, la dette continue de monter.

Comment la France emprunte

L'État emprunte surtout en émettant des OAT (obligations assimilables du Trésor) : des titres de 2 à 50 ans. Celui qui achète une OAT prête de l'argent à l'État, qui lui verse des intérêts puis le rembourse à l'échéance.

Ces titres sont vendus aux enchères par l'Agence France Trésor (AFT), en principe deux jeudis par mois : les titres à long terme le premier jeudi, ceux à moyen terme le troisième [4]. Les acheteurs sont d'abord un club d'une quinzaine de banques, les spécialistes en valeurs du Trésor, qui les revendent ensuite à des investisseurs du monde entier.

Exemple : le 3 septembre 2026, pour une OAT à 10 ans, les investisseurs ont demandé 15,7 milliards d'euros de titres ; l'État n'en a vendu que 6,9 milliards [3]. La demande reste donc largement supérieure à l'offre. Mais elle coûte de plus en plus cher : sur cette même échéance, le taux payé est passé de 3,90 % à la vente précédente à 4,23 % [3].

À retenir

La France n'a aucun mal à trouver des prêteurs. Le vrai sujet, c'est le prix qu'ils demandent : plus le taux est élevé, plus chaque nouvel emprunt coûte cher en intérêts.

À qui la France doit-elle cet argent ?

Qui détient la dette négociable de l'État ?

En % de l'encours, premier trimestre 2026

Source : Agence France Trésor (bulletin mensuel d'août 2026), JeChange

Voir les données
detenteurPart détenue
Non-résidents57,5 %
Banque de France / Eurosystème20,6 %
Banques françaises10,5 %
Assureurs français9,6 %
Fonds français (OPCVM)1,8 %

Plus de la moitié de la dette de l'État est détenue par des non-résidents : 57,5 % au premier trimestre 2026, contre 56 % fin 2025 [5][6]. Attention au contresens : il s'agit surtout de fonds, banques et assureurs européens, américains ou asiatiques, et non d'États étrangers.

Un détenteur pas comme les autres : la Banque de France

Environ 20 % de la dette est détenue par la Banque de France, pour le compte de l'Eurosystème (la BCE et les banques centrales nationales de la zone euro). Elle ne travaille pas pour l'État : l'Eurosystème fixe la politique monétaire indépendamment des gouvernements.

Les traités européens interdisent d'ailleurs à une banque centrale de prêter directement à un État (article 123) [7]. Elle ne peut acheter des OAT que sur le marché secondaire, c'est-à-dire auprès d'autres investisseurs, comme n'importe qui.

Détenir une partie de sa propre dette via sa banque centrale n'a rien d'anormal. C'est même plutôt rassurant : contrairement aux non-résidents, cette part-là ne sera pas vendue dans la panique au premier signe d'inquiétude.

Et si on annulait cette part de la dette ?

L'idée revient régulièrement dans le débat, portée notamment par Jean-Luc Mélenchon : « annuler » les 18 à 20 % de dette détenus par la Banque de France. C'est interdit par les traités (Christine Lagarde, présidente de la BCE, l'a jugé « inenvisageable »), et risqué : si des obligations peuvent disparaître, les autres investisseurs craindront pour les leurs et exigeront des taux plus élevés. Sans compter les tensions avec nos partenaires européens, qui en supporteraient une partie du coût. Ce n'est donc pas un simple jeu d'écritures : les conséquences financières seraient bien réelles.

À mon sens, il est d'autant plus surprenant de voir le banquier d'affaires Matthieu Pigasse défendre cette position que son métier consiste justement à anticiper la réaction des marchés.

Pourquoi on en parle maintenant

Le niveau de la dette n'est pas nouveau : la France dépasse la limite européenne de 60 % du PIB depuis 1993, et en est aujourd'hui à près du double. Ce qui inquiète, c'est la vitesse à laquelle elle grimpe, combinée à l'incertitude politique.

En un an, la note de la France a été abaissée trois fois : par Fitch en septembre 2025, par S&P en octobre 2025, puis par Scope en septembre 2026, à chaque fois de AA- à A+ [8][9][10]. Seule Moody's maintient encore un « double A », avec la note Aa3. En cause : l'absence de budget stable, dans un Parlement sans majorité.

Définition : le seuil de Maastricht

Le traité de Maastricht (1992) fixe deux repères aux pays de l'Union européenne : une dette publique inférieure à 60 % du PIB et un déficit annuel inférieur à 3 % du PIB.

La cause structurelle : notre modèle social

Si le déficit dure depuis cinquante ans, ce n'est pas seulement à cause des crises. La France consacre environ 31 % de son PIB aux dépenses sociales (retraites, santé, famille), le niveau le plus élevé de l'OCDE [11].

Les retraites pèsent à elles seules environ 14 % du PIB selon l'OCDE (13 à 14 % selon le périmètre retenu). Or elles fonctionnent par répartition : les cotisations des actifs d'aujourd'hui paient les pensions des retraités d'aujourd'hui, sans réserve équivalente.

Sur 1 000 € de dépenses publiques

En euros

Source : Ministère de l'Économie, Insee

Voir les données
posteMontant
Protection sociale567 €
Fonctionnement, économie147 €
Éducation, recherche120 €
Autres73 €
Défense, sécurité58 €
Intérêts de la dette35 €

Le cœur du problème : de moins en moins de cotisants

En 1960, environ 4 actifs cotisaient pour financer un retraité. Ils ne sont plus qu'environ 1,7 aujourd'hui (1,8 selon certaines estimations), et les projections du Conseil d'orientation des retraites prévoient une poursuite de la baisse à long terme [12].

Nombre de cotisants pour un retraité

Ordres de grandeur

Source : Conseil d'orientation des retraites

Voir les données
anneeCotisants pour 1 retraité
19604,0
19802,1
20042,0
20251,7

Les causes : le vieillissement de la population (l'arrivée à la retraite des baby-boomers), un chômage plus élevé qu'en 1960 et une natalité en baisse. Mécaniquement, un système pensé avec 4 cotisants par retraité tient plus difficilement avec moins de 2.

50 ans de hausse, et un décrochage en 2020

Dette publique de la France

En % du PIB

  • Limite européenne : 60 %

Source : Insee, Fondation iFRAP

Voir les données
periodeDette publique
198020,7 %
200058,0 %
2020114,9 %
2025115,6 %
Mi-2026119,0 %

Le vrai décrochage date du Covid : contrairement aux crises précédentes, la dette n'est jamais redescendue depuis 2020. Elle a même continué de grimper en pleine reprise économique [1][14].

Et sous Emmanuel Macron ?

Depuis mai 2017, la dette est passée d'environ 2 218 à 3 595 milliards d'euros : 38 % de la dette actuelle a été accumulée en deux mandats.

Une partie de cette hausse vient de chocs subis : le Covid (un déficit record de 9 % du PIB en 2020), la guerre en Ukraine et le bouclier tarifaire sur l'énergie (2022), puis l'instabilité politique depuis 2024, qui empêche de voter un budget de redressement. Le reste vient de choix politiques faits avant ces crises : baisses d'impôts non compensées (suppression de l'ISF, flat tax) et mesures de réponse aux « gilets jaunes » en 2018-2019. Contrairement à l'Allemagne, la France n'a pas profité des années de taux bas pour réduire durablement son déficit.

Le premier semestre 2026 en chiffres

  • +59,6 milliards d'euros de dette en un seul trimestre : de 117,5 % du PIB fin mars à 119 % fin juin [1][2].
  • Un déficit public de 5,1 % du PIB en 2025.
  • Un programme d'emprunt record de 310 milliards d'euros prévu par l'AFT pour 2026 [17].
  • Au total, environ 52 200 € de dette par habitant.

On n'est pas les plus endettés

Dette publique dans le monde

En % du PIB, 2026, ordres de grandeur

Source : FMI (avril 2026), Trading Economics, Insee. Le chiffre du Japon varie de 230 à 250 % selon les sources.

Voir les données
paysDette publique
Japon230 %
Italie137 %
États-Unis124 %
France119 %
Royaume-Uni101 %
Allemagne63 %

Le Japon vit depuis des décennies avec une dette deux fois plus élevée que la nôtre, car elle est détenue à plus de 90 % par des acteurs japonais [15]. Un ratio élevé n'est donc pas, à lui seul, synonyme de crise : ce qui compte, c'est la combinaison du niveau, de la trajectoire et de qui détient la dette.

Le vrai risque : la charge des intérêts

Après quinze ans de taux quasi nuls, la dette qui arrive à échéance doit désormais être refinancée à des taux bien plus élevés. Résultat : la charge de la dette, c'est-à-dire les intérêts payés chaque année, pourrait dépasser 100 milliards d'euros en 2029 si la trajectoire actuelle se poursuit, selon la Cour des comptes [16].

À retenir

Ce n'est pas le montant total de la dette qui pose problème à court terme, c'est le coût croissant pour continuer à l'emprunter. Chaque euro versé en intérêts est un euro qui ne finance ni l'école, ni la santé, ni la transition écologique.

Ce que j'en retiens

Un modèle social qu'on paie à crédit depuis cinquante ans, et qu'on refinance de plus en plus cher.

Pourquoi cet article ? Parce qu'on entend des chiffres énormes partout sans jamais comprendre ce qu'ils veulent dire concrètement, ni à qui va cet argent, ni comment on l'emprunte.

On n'est pas les plus endettés du monde : le Japon ou l'Italie font pire. Pourtant, tout le monde en parle en ce moment. Pas parce que le chiffre est nouveau, mais parce que notre modèle ne s'équilibre plus depuis la fin des Trente Glorieuses (1974), et qu'aucun gouvernement n'a réussi à le réformer en profondeur depuis.

Ma génération a parfois l'impression d'hériter de toutes les additions laissées par les précédentes : la pollution, cette dette, et une méritocratie qui semble de moins en moins réelle. Il est difficile de trouver un travail, et encore plus d'avoir un salaire à la hauteur de ses études.

Et vous, quelle serait selon vous la solution pour faire face à cette situation ?

Je ne suis pas économiste : si un chiffre vous semble faux, dites-le-moi, je corrigerai.

Sources

  1. [1]Insee — Dette trimestrielle de Maastricht des administrations publiques, T2 2026 (29/09/2026)
  2. [2]Insee — Dette trimestrielle de Maastricht des administrations publiques, T1 2026
  3. [3]Reuters, via Boursorama — Détails de l'adjudication d'OAT du 3 septembre 2026
  4. [4]eco3min — Calendrier des adjudications de l'Agence France Trésor
  5. [5]Agence France Trésor — Bulletin mensuel d'août 2026 (détenteurs de la dette, T1 2026)
  6. [6]JeChange — Qui détient la dette de l'État ?
  7. [7]Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne, article 123
  8. [8]La Libre — Fitch dégrade la note de la France (12/09/2025)
  9. [9]Europe 1 — Standard & Poor's abaisse la note de la France à A+ (17/10/2025)
  10. [10]DetteDeLaFrance.fr — Scope Ratings dégrade la France de AA- à A+ (18/09/2026)
  11. [11]OCDE — Base de données des dépenses sociales (SOCX)
  12. [12]Conseil d'orientation des retraites — Rapport annuel 2026, synthèse
  13. [13]Ministère de l'Économie, Insee — Ce que financent 1 000 € de dépenses publiques
  14. [14]Fondation iFRAP — Les chiffres de la dette publique depuis 1978
  15. [15]FMI — Moniteur des finances publiques (avril 2026) ; Trading Economics
  16. [16]DetteDeLaFrance.fr — Intérêts de la dette : l'alerte de la Cour des comptes
  17. [17]Agence France Trésor — Programme de financement de l'État pour 2026
i

Contenu à visée éducative, ne constitue pas un conseil en investissement. Investir comporte un risque de perte en capital.

Sommaire

  1. La dette, c'est quoi exactement ?
  2. Comment la France emprunte
  3. À qui la France doit-elle cet argent ?
  4. Pourquoi on en parle maintenant
  5. La cause structurelle : notre modèle social
  6. 50 ans de hausse, et un décrochage en 2020
  7. On n'est pas les plus endettés
  8. Le vrai risque : la charge des intérêts
  9. Ce que j'en retiens

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