Les créances douteuses : quand un client ne paie plus
Créance douteuse, dépréciation, perte irrécouvrable : comment une entreprise traite dans ses comptes les factures qui risquent de ne jamais être payées, TVA comprise.
Une entreprise a livré un client, envoyé sa facture… et le paiement n'arrive pas. Relances, mise en demeure, rien n'y fait. Tant que l'argent n'est pas perdu pour de bon, il reste une créance dans les comptes. Mais la comptabilité doit refléter le risque : c'est tout le sujet des créances douteuses.
Trois situations à distinguer
| Situation | Ce que ça veut dire | Traitement |
|---|---|---|
| Créance douteuse | Le paiement est incertain (retards répétés, client en difficulté, litige) | Reclassement et dépréciation |
| Créance irrécouvrable | La perte est certaine et prouvée (liquidation judiciaire, certificat d'irrécouvrabilité…) | Perte définitive |
| Créance soldée | Le client a finalement payé | Reprise de la dépréciation |
Première étape : sortir la créance du compte clients habituel (411) pour la placer dans le compte 416 Clients douteux ou litigieux, afin de la suivre à part.
La dépréciation : constater le risque
À la clôture de l'exercice, l'entreprise estime la part de la créance qu'elle risque de perdre et constate une dépréciation de ce montant.
Il n'existe pas de barème légal du taux de dépréciation. Beaucoup d'entreprises s'appuient sur une grille selon l'ancienneté de la créance (par exemple 25 %, 50 % puis 100 %), mais le taux doit refléter le risque réel de chaque client. Pour être déductible fiscalement, la dépréciation doit viser une créance précise, et la perte doit être probable, pas seulement possible [1].
Exemple : une facture de 3 600 € TTC (3 000 € HT, TVA à 20 %), impayée, dont on estime la perte probable à 50 %.
- Dépréciation : 3 000 € × 50 % = 1 500 €.
| Écriture | Débit | Crédit |
|---|---|---|
| Reclassement en douteux | 416 Clients douteux : 3 600 € | 411 Clients : 3 600 € |
| Dépréciation | 6817 Dotations aux dépréciations : 1 500 € | 491 Dépréciations des comptes clients : 1 500 € |
Chaque année : ajuster
À chaque clôture, on recalcule la dépréciation nécessaire et on la compare à celle déjà constatée :
- si le risque augmente : dotation complémentaire (6817 / 491) ;
- si le risque diminue, ou si le client paie : reprise (491 / 7817 Reprises sur dépréciations).
La perte irrécouvrable : solder la créance
Quand la perte devient certaine, avec une preuve (jugement de clôture pour insuffisance d'actif, certificat d'irrécouvrabilité…), on sort la créance des comptes. L'entreprise peut alors récupérer la TVA qu'elle avait reversée, à condition d'envoyer au client une facture rectificative [2].
Suite de l'exemple, l'année suivante :
| Écriture | Débit | Crédit |
|---|---|---|
| Perte définitive | 654 Pertes sur créances irrécouvrables : 3 000 € + 4457 TVA collectée : 600 € | 416 Clients douteux : 3 600 € |
| Annulation de la dépréciation devenue inutile | 491 Dépréciations : 1 500 € | 7817 Reprises sur dépréciations : 1 500 € |
Ce qu'il faut retenir
- Une créance douteuse se reclasse en 416 et se déprécie sur son montant HT.
- Le taux de dépréciation dépend du risque réel, il n'y a pas de barème officiel.
- La dépréciation s'ajuste à chaque clôture (dotation ou reprise).
- La perte irrécouvrable se constate avec une preuve, et permet de récupérer la TVA.
Contenu à visée éducative : chaque situation a ses particularités, vérifiez toujours avec un expert-comptable.
Sources
- [1]BOFiP — Provisions pour dépréciation des créances douteuses (BOI-BIC-PROV-40-20)
- [2]BOFiP — Récupération de la TVA sur créances irrécouvrables (BOI-TVA-DED-40-10-20), article 272 du CGI
- [3]Autorité des normes comptables — Plan comptable général (règlement ANC n° 2014-03)
À lire aussi
L'amortissement des immobilisations
Pourquoi une entreprise étale le coût d'un ordinateur ou d'une machine sur plusieurs années : amortissement linéaire, dégressif, dérogatoire, et les écritures qui vont avec.
L'assurance-vie : l'enveloppe à tout faire
Fonds en euros, unités de compte, fiscalité après 8 ans et transmission : comprendre le placement préféré des Français après le livret A.
Les ETF : investir dans tout un indice en une fois
Fonctionnement, frais, réplication et risques : ce qu'il faut savoir sur les fonds indiciels cotés, aussi appelés trackers.